Le "Pororca" est un mascaret de l'Amazone. Il se forme quand les eaux du fleuve débouchent dans l'Océan Atlantique. De cette rencontre entre eau douce et salée surgit un bouillonnement.
Dans son Pororca, la chorégraphe Lia Rodrigues met en scène onze danseurs qui portent chacun un bagage culturel et identitaire propre. Ils commencent par faire le tour de la scène en "lançant" au dessus d'eux les objets qu'ils charrient. Les artistes sautent, font des acrobaties et embarquent d'emblée le public dans leur tumulte. A l'image d'une réaction chimique. De ce mélange d'éléments différents, émerge de la volatilité, des explosions. Bientôt, elles se stabilisent et créent un nouvel élément: le groupe hétéroclite se place en file indienne face au public. Certains s'écartent de la ligne, toisent les spectateurs, les regardent puis reviennent au sein du groupe. Les corps bougent tout le temps, s'attrapent, se cherchent, se rejettent. Pas de repos ni de répit pour ce mélange qui crie lorsqu'il respire. Finalement, il quitte le plateau et investit les gradins. Comme s'il invitait les spectateurs dans son bouillonnement, en lui montrant des individus qui, après être entrés en collision, s'apaisent pour aller ensemble ailleurs.
Pororca est le siège et le prétexte d'un retour à l'animalité. Les onze interprètes font de grands gestes amples pour soulager leurs bras des objets qu'ils portent, se débarrasser des témoins d'une civilisation matérialiste. Au fur et à mesure de la représentation, des parties "taboues" du corps sont exhibées. Cela ne gêne pas les interprètes, ni ne les contente: ils n'y prêtent pas attention, comme un chat qui se promène avec la queue relevée. D'ailleurs bientôt, les cris d'effort se transforment et le public reconnaît dans leurs corps un éléphant, un lion ou un chien. Seuls leurs visages semblent rester humains... Ils s'accouplent, montrent ouvertement leur plaisir. C'est une vie impétueuse qui s'exhibe, juste avec la volonté de profiter de tous les états émotionnels qui peuplent un être.
Lia Rodrigues mélange. Tout d'abord les genres et les origines de ses interprètes, les corps ensuite. Des corps qui se transforment pour éveiller l'esprit animal du spectateur, l'inviter à vivre au sens large. La chorégraphe représente l'homme tel qu'il devrait être. Il dispose d'un large panel d'émotions et s'exprime sans limites avec son corps. Les interprètes réagissent entre eux -avec douceur et violence- mais ne laissent pas le public seul. Au contraire, la provocation qui émane de la pièce, le pousse lui aussi à réagir. L'ensemble peut ne pas être agréable mais se termine sur une touche d'espoir, d'entente, de tolérance et, surtout, par une invitation à vivre dans le tumulte de la rencontre.

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