Hope, espoir déchu

24.11.11
- par V. Pop

C’est dans le froid et la lumière crue du Hangar du PBA que Maya Bösch et sa compagnie sturmfrei ont choisi de présenter une fable urbaine désenchantée et engagée, sur fond de démence et de chaos organisé: Hope, basé sur le mythique poème-performance, Howl, d’Allen Ginsberg. Un no man’s land saisissant dans lequel le public s’immerge. Et finit par se noyer.

Le sol est jonché d’objets hétéroclites, témoins ou débris d’une société consommée. Un homme, étendu sur un matelas décharné, repose, en parfait mimétisme avec un Christ de plâtre, sans sa Croix. D’autres âmes déchues errent dans ce paradis de la désolation, poussant un hurlement ou une mélopée incompréhensible.

Du tout et de la partie

Engoncés dans des couvertures de l’Armée du Salut, le public se fond à merveille dans le décor, et déambule mi-interloqué, mi amusé, un peu perdu. La performance a-t-elle déjà commencé? Oui, non, peut-être? Oui, sans doute... Cette femme en haillons rouges qui dévisage les «passants» doit faire partie du «show». Oui, sûrement... parce que d’un bout à l’autre du hangar, les personnages se mettent en mouvement, en parole. Ici, là et puis là encore. L’assistance bouge, essaie de capter un moment, de comprendre une tirade, un cri de désespoir.

Les spectateurs, quasi-acteurs malgré eux, s’étonnent du pas lancinant du croque-mort promenant une boule de bowling, s’émeuvent de la souffrance d’un «SDF» qui s’époumone, sursautent devant le discours vindicatif d’un autre. Certains voyagent, à l’affût de la prochaine intervention, d’autres, fascinés ou fatigués, ont pris le parti de s’asseoir sur leur couverture et de n’observer qu’un angle de la performance. L’atmosphère noire écrase autant qu’elle hypnotise. Et, petit à petit, avale l’audience.

Lost in expérimentation

Les désordres apparents du «décor» et de la mise en scène collent à l’ambiance apocalyptique de la performance. Ingénieux, envoûtant. Sauf que.

Sauf que, tout à coup, un «SDF» se dénude. C’est «IN», cette mise à nu du corps symbolisant celle de l’âme. Tiens, un sexe, encore. Oui, bof, et alors? Ça ne choque plus forcément, mais ça n’apporte pas non plus vraiment de sens.

Sauf qu’à force de chercher ce sens, de courir, d’être trimballé d’un morceau de rôle à l’autre, d’essayer de comprendre en vain, le public reste paumé, lost in translation, avec ses questions.

Sauf que ce ballet incessant d’écorchés vifs forme une chorégraphie peu accessible, la longue litanie de leurs lamentations se muant une musique crispante.

Sauf que, jamais, n’apparaît l’espoir du titre, la lueur promise.

Entre noirceur et interrogations, Hope, fascine ou déçoit, enchante ou désespère. On écarquille les yeux ou on attend que ça se termine. Mais on y repense, longtemps après que la dernière couverture soit repliée.

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