Après son installation remarquée lors de la précédente biennale autour d’Elfriede Jelinek, Maya Bösch revient à Charleroi créer une installation-performance, centrée cette fois-ci sur Allen Ginsberg, et plus particulièrement sur son mythique poème, Howl.
Ginsberg écrit ce court texte en 1955-56, véritable manifeste pour toute une génération, et source d’inspiration encore aujourd’hui. Poème en trois parties plus post-scriptum, Ginsberg y livre sans concession sa vision acerbe de la société américaine, trop bien pensante. La singularité de ce texte tient avant tout au souffle qui en émane. Tout comme l’écriture automatique (en partie pratiquée par le poète) donne à sa voix une incarnation quasi mystique.
Maya Bösch propose au spectateur une immersion au cœur-même de ce monument (undergroung) littéraire: comment faire (res-)sentir au plus profond de soi le travail sur la langue, les fulgurances du verbe, les leitmotivs et la musicalité de l’écriture de Ginsberg. Et l’urgence de lire, de dire et d’entendre ce poème reste intacte, cinquante-cinq ans plus tard!
Dans un hangar désaffecté du Palais des Beaux-Arts, le sol est parsemé d’objets, comme autant de fragments d’une vie: au spectateur de déambuler dans ce puzzle géant et d’y construire son propre décor. Une fois sa place trouvée, une dame en rouge –magnifique Sofie Kokaj, à la présence fantomatique– erre jusqu’à la rencontre (unique) de spectateurs. Puis six interprètes masculins s’animent et sortent de leurs sacs de couchage comme de la terre. Six voix et deux langues, le français et l’anglais, car il s’agit bien ici de s’engouffrer dans l’essence-même du poème: de sa langue, de son style, de son rythme. Un chœur pour célébrer la parole du poète et dénoncer une société sclérosée!
L’expérience à laquelle invite la metteure en scène suisse demande une implication totale du spectateur: à lui de trouver sa place dans cet espace mental, à lui de se laisser bercer par la polyphonie de la parole poétique, à lui de se faufiler dans les cadences de la partition, à lui d’entendre résonner les entrechoquements lyriques. Ce parti pris radical et sans concession en déstabilise plus d’un, mais la prise de risque de Maya Bösch est indéniablement humble et courageuse.

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