14h30, esplanade du Palais des Beaux-Arts. Sous un agrandissement de la célèbre banane de Warhol du premier album du Velvet Underground, la performeure Margherita Isola, affublée de lunettes de soleil et d’un sweat-shirt à capuche («I’ll be your mirror» brodé au dos), écouteurs sur les oreilles, entame un marathon dansé, munie d’un immense disque compact. Après une déambulation bien sage et presque inaperçue dans le centre ville, elle sera rejointe vers 20h30, par trois complices pour un dernier round. Et finalement, c’est une Range Rover hyper sonorisée qui viendra enlever nos quatre lascars. Et en fin de compte, The Mirror Dancing Walk confirme son identité frigide et autiste. Une performance passée à côté de tous ses objectifs: la rencontre avec la ville et ses habitants; la temporalité, l’étrangeté et l’énergie qu’elle pourrait transmettre.
16h, arrière-salle du Café des 8 heures, haut lieu du syndicalisme carolo. Six sosies de Mireille Mathieu entrent en scène. Rouge à lèvre, coupe de cheveux, robes noires, petite croix en pendentif: toute la panoplie de la Mireille Mathieu est là. Se succèdent alors quelques-uns des tubes de la célèbre chanteuse française, revisités en mode choral et a capella. Mireilles est une bluette bien sympathique dans la droite lignée des célèbres chanteuses-majorettes Vedettes, mais loin de leur impertinence et de leur fantaisie. Le choix des chansons, la manière de les scander, les danses hiératiques font toutefois ressortir tout ce que le personnage de Mireille Mathieu peut avoir aujourd’hui de stéréotypé, voire de caricatural.
17h, grande salle du B.P.S.22. Une septantaine de danseurs amateurs carolos s’animent avec ferveur autour d’une grande sphère argentée. Cinq danseurs professionnels les guident dans une chorégraphie bien peu inventive où seuls les mouvements de course-poursuite et de tourbillon font ressentir l’énergie de la foule. Made in Charleroi, pièce dite «participative», agace par son absence d’intégration au lieu et son manque d’interaction avec le public. Et l’argument d’être un «portrait d’une ville et de ses habitants» tient assurément de la supercherie.
Balade un après-midi d’automne à Charleroi ou quand Charleroi/Danses prend possession de la ville. Des lieux inattendus comme prétexte à un rendez-vous entre la création et les citoyens: louable objectif, mais encore trop frileux quant à la rencontre avec le quidam.

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